Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /2009 00:26

Oui, je n’en reviens pas et je vous livre mes premières impressions d’un voyage à l’intérieur d’un état qui n’existe que par la part de rêve, la fertilité de l’imaginaire, et la lueur de l’espoir

Un territoire bouclé, muré d’une démesure coloniale, une prison à ciel ouvert avec comme seule porte, le tourniquet d'un checkpoint au pied d'un mirador. La maison d'un côté, la terre et l'école de l'autre.

Jérusalem, la ville sainte, aux symboles religieux chargés d’histoire ne donne en exemple qu’une ville déchirée, séparant l’est et l’ouest par un mur aux lamentations inutiles et un tramway roulant allègrement sur les résolutions onusiennes pour desservir bientôt les colonies illégales. Un tramway nommé "des ires", celles des palestiniens restés sur le quai.

Jérusalem m’a paru belle et accueillante le jour, torturée et défigurée la nuit. Au crépuscule, les peurs se réveillent, à tout moment des jets de pierres peuvent tomber de la colonie qui surplombe ce quartier-Est dépeuplé et chaque jour vidé un peu plus de ses familles arabes.

Suivent les descentes de milices armées qui perforent le silence assourdissant de ce quartier. Au petit matin, les bulldozers vrombissent.

Malgré le mur, les checkpoints, les contrôles au faciès, malgré le mépris, les insultes, les attentes interminables, dégradantes et obsédantes, ils sont venus, ils témoignent, ils nous imposent une leçon de courage, de dignité, de respect, d’intelligence. Ils sont communistes palestiniens, forces de paix israéliennes, mères de prisonniers, femmes de leaders élus démocratiquement et détenus arbitrairement, ils sont le peuple qui lutte, qui résiste, qui propose, qui s’exprime et surtout qui dérange.

Et ces enfants, mille fois photographiés. Pas pour leur détresse, leur chagrin, leur abandon, leur misère, mais pour leur gaîté, leurs sourires lumineux, leur joie de vivre et d’accueillir. Moi, qui viens d’une banlieue populaire de la région parisienne, j’ai trouvé chez ces enfants des camps de réfugiés, plus de chaleur, de raison d’espérer, de regards tournés vers l’avenir.

Ici, pas un soupçon de résignation, mais au contraire une profonde détermination

 Oui ce peuple est fier, digne dès le plus jeune âge comme un pied de nez à l’occupant, c’est déjà une forme de résistance. Le rapport des forces est outrageusement en faveur de l'occupant, mais la force ne saurait suffire à mettre à genoux un peuple sur sa propre terre.

Belle et remarquable aussi cette expression murale dans les camps. Ici les murs parlent en même temps qu’ils embellissent les rues. Dessins, peintures, graffitis, fresques résistent, luttent, expliquent, dénoncent. Face aux mitraillettes, les pinceaux s'affutent, face aux oppresseurs, les artistes résistent.

Et ce mur de la honte, infranchissable laideur de béton surmontée de miradors concentrationnaires et de barbelés enroulés dans les souvenirs d’une autre barbarie à l’issue de laquelle les survivants commémorèrent le souvenir pour que plus jamais cela ne se reproduise.

Les réfugiés palestiniens qui de leur camp n’ont d’horizon que ce triste décor ont parfois choisi d’y inscrire leur rêves, d’y laisser courir leur imagination. Une fois encore l’expression artistique est une arme affutée. Un théâtre se construit au pied du mur qui à cet endroit précis sert aussi d’écran géant de projection. Ailleurs, sur un escalier peint en noir, des ombres gravissent les marches du sol vers le sommet du mur et la liberté, Plus loin, une porte s’entrouvre dans le mur sur une plage ensoleillée. Le réalisme de la fresque est saisissant. Parfois aussi les dessins sont plus  plus expressifs de la douleur et de la rage ou encore emprunts d’un humour insoupçonné.

Puis il y a les moments extrêmement forts, qui marquent le respect et démarquent de la manière dont sont rapportés les événements en France.

L’échange avec un responsable de l’autorité palestinienne à Ramallah, à deux pas du tombeau de Yasser Arafat. L’atmosphère a beau être solennelle, les propos sont francs, sans langue de bois, les difficultés sont reconnues, les efforts pour surmonter les divisions palestiniennes expliqués, le libre choix pour le retour des réfugiés précisé, l’attente envers la communauté internationale sollicitée.

Avec la femme Marwan Barghouti, emprisonné et condamné cinq fois à perpétuité, c’est un sentiment mêlé de haute tenue politique et d’émotion forte devant ce témoignage que Fadwa Barghouti tient à élargit au 1100 prisonniers palestiniens, hommes, femmes, enfant et élus du peuples qui croupissent, souvent sans visite possible, dans les geôles israéliennes.

La déclinaison de chiffres est souvent un exercice assez froid, ici, il nous glace le sang: 170 colonies installées en Cisjordanie, 640 points de contrôle empêchent toute vie normale. Les routes de contournement construites par les israéliens en Cisjordanie,  à 60% ne sont pas accessibles aux palestiniens qui d'ailleurs ont besoin d'un permis de circuler délivré par Israël, même dans leur propre territoire.

Pour se réchauffer, rien de tel que la joie d’avoir été reçu aussi bien dans la maison de notre guide avec un sirop à l’eau dans un camp palestinien, que dans le bureau du maire communiste de Nazareth, qui malgré notre retard et la préparation de la visite prochaine du pape dans sa ville, nous a reçu de longues minutes. Cette ville, berceau du christianisme, est tout sauf banale: plus grande des villes arabes en Israël, elle a élu à sa tête un maire communiste acquis à la cause Palestinienne. On comprend que ça énerve un peu du côté du gouvernement Israélien.

A tous, partout où nous avons été reçus, nous avons promis de témoigner, de faire jouer la solidarité avec ce peuple formidable et nous allons le faire. Nous sommes en train de le faire. Des jumelages ont été réalisés, d’autres sont en cours, à l’image de la ville de Stains, des propositions pour faire citoyen d’honneur, Marwan Braghouti ou/et salah Amouri vont se multiplier, des débats sont programmés, des journaux, des blogs sont sollicités, des déclarations, des lettres au président de la république, des conférences de presse se multiplient.

Il nous appartient à présent de peser de toutes nos forces pour qu'enfin une solution politique permette d'avancer dans  la seule issue possible, la création d'un état palestinien avec Jérusalem-est pour capitale, l'existence de deux états pour deux peuples: Israël et la Palestine.

Par Jacques Jakubowicz - Publié dans : exclusions
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