Mémoire de mai 68
En ce mois de mai 2008, nous célébrons le 40è anniversaire des événements de mai 68. Sarkozy a bien tenté de dévaloriser cette période en faisant croire à une période de déstabilisation sociale et morale mais il en faut plus pour modifier la mémoire collective de cette fantastique année de progrès et de solidarité entre le mouvement ouvrier et étudiant.
C’est aussi dans cette période que se sont affirmé des mouvements nouveaux comme le féminisme, ou la sexualité assumée, que l’esprit de débat, de réflexion, d’expression, de révolte s’est substitué à l’esprit de caserne.
Les grandes avancées sociales de cette année 68, les négociations de Grenelle qui font, qu’encore aujourd’hui, lorsqu’on entame une grande et importante réflexion, ou négociation, on utilise ce vocable de « Grenelle », sont toujours dans les têtes lorsqu’on parle de mai 68.
Pour ma part en 68, j’étais lycéen au lycée Colbert à Paris, le lycée « rouge » de la capitale comme on l’appelait alors.
Après m’être fait expulsé d’un autre lycée pour indiscipline, juste avant les événements de mai, d’un lycée où les filles portaient les blouses bleues et les garçons des blouses grises et pour avoir refusé de m’astreindre à cette obligation, je rentrais à Colbert.
Les mois qui suivirent furent certainement parmi les mois les plus enrichissants de ma vie étudiante.
Le lycée était en perpétuelle effervescence intellectuelle, on ne se contentait pas seulement d’étudier les programmes officiels, mais la jeunesse communiste, à laquelle j’appartenais à cette période, organisait, à l’intérieur du lycée, après les cours, des rencontres débats avec des écrivains, des scientifiques, des personnalités diverses.
Je me rappelle notamment la venue de cet écrivain extraordinaire, compteur, qu’était Jean-Pierre Chabrol, venu nous parler les Cévennes dont il était originaire et de son expérience de résistant dans le maquis et présenter son dernier livre devant un amphi plein à craquer de lycéens ébahis.
Autre expérience : déjà à cette époque, nous réclamions des conditions d’étude meilleures et le lycée Colbert, vieille bâtisse datant de Napoléon, manquait cruellement de place et de classes.
La solidarité entre profs et lycéens pour revendiquer des classes supplémentaires s’était matérialisée de manière aussi surprenante qu’efficace.
Nous avions des classes qui donnaient sur un toit plat situé au-dessus des WC et le prof de math faisait cours avec ses élèves sur le toit ! On sortait les chaises dehors et le cours commençait.
Quant aux élèves, nous avions amené un matin, truelle, ciment, parpaings et nous avions commencé à ériger un mur de classe en pleine cour.
Enfin pour certains d’entre nous, après les cours, le soir, nous allions une à deux fois par semaine à « l’université nouvelle » étudier avec des philosophes, des historiens, des sociologues, les bases théoriques qui nous semblaient indispensables pour révolutionner le monde.
Soixante-huitard attardé ? Peut-être ! Mais quelle période mes amis !