La bourse ou la vie...

Publié le par Jacques Jakubowicz

Nous avons reçu cette contribution argumentée de notre ami Pascal BOULARAND, syndicaliste, militant associatif et suppléant aux élections cantonales, de Sylvie Pierronnet, tous deux présentés par le Parti Communiste Français sur le canton Sud Est.

bourse-subprimes.jpg"L'analyse sur la déconfiture de la Société Générale mériterait une réflexion approfondie. La crise des marchés boursiers dure en effet depuis le mois de juillet 2007. La BCE a injecté depuis cette date plus de 350 milliards d'euros pour soutenir les banques commerciales européennes. De leur côté les Etats-Unis ont débloqué à peu près la même somme par l'intermédiaire de la FED, pour "compenser" la crise des "subprimes".
 
Cette crise qui secoue le monde de la finance est loin d'être terminée. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, la plupart des contrats hypothécaires dans la catégorie "subprimes à taux variable" a été conclue entre 2005 et 2006. Le défaut de remboursement des prêts hypothécaires surviendra donc à compter de janvier 2008. Entre décembre 2007 et le 1er juillet 2008, plus de 690 milliards de dollars en prêts hypothécaires feront face à une augmentation des taux d'intérêts selon les clauses contractuelles des hypothèques à taux variable signées deux ans plus tôt. Cela signifie que les taux d'intérêt du marché pour les prêts hypothécaires parvenus à échéance vont faire exploser les mensualités et ce, au moment même où une récession fait chuter les revenus. Des centaines de milliers de propriétaires vont donc se trouver en cessation de paiement.
 
Considérer que la crise financière actuelle ne serait due qu'aux fameuses "subprimes" américaines et le plongeon de la Société Générale qu'aux inconséquences d'un "trader" fou de 30 ans qui aurait manipulé les systèmes de contrôle de cette banque serait à mon sens une erreur. Il ne s'agit là que la partie immergée de l'iceberg car d'autre produits financiers et produits "dérivés" ont été "titritisés" et plombent actuellement les marchés financiers. Plusieurs banques décrochent en Angleterre et en Amérique et en sont réduites à faire appel à des fonds venus de Chine pour renflouer leurs créances.
Un second grain de sable qui risque d'avoir des conséquences catastrophiques pour les banques semble se dessiner au niveau de l'administration américaine: la Cour fédérale de Cleveland en Ohio a rendu dernièrement un jugement rejetant une demande de la Deutsche Bank National Trust Company. La filiale américaine de la Deutsche Bank voulait saisir les maisons de Cleveland habitées par leurs propriétaires, en revendiquant leur droit de saisie de biens immeubles hypothéqués. 
La décision rendue en Ohio rejetant les prétentions de la Deutsche Bank de saisir et de reprendre les maisons pour défaut de paiement, n'est pas un simple coup de malchance pour la banque de Josef Ackermann. Il s'agit d'un tremblement de terre sans précédent pour toutes les banques possédant ce qu'elles pensaient être des garanties sous forme de biens immobiliers.
La décision du tribunal de l'Ohio nous donne un aperçu de la prochaine phase de la crise hypothécaire US. Si le jugement de cette clause de la Deutsche Bank dans l'État de l'Ohio est maintenu par la Cour Suprême des États-Unis, des millions de foyers en défaut de paiement ne pourront être saisi par les banques afin de les revendre.
Cette crise qui dure depuis plus de six mois affecte l'ensemble des Bourses de la planète. Rappelons qu'au mois de juin 2007 le CAC 40 se situait aux alentours de 6700 points et qu'il est coté actuellement à 4600-4800 points. La crise qui s'annonce est donc moins conjoncturelle que structurelle et les lames de fond venues des Etats-Unis n'ont pas encore fini de faire sombrer l'économie mondiale.
Les décisions outre-atlantique d'abaisser les taux d'intérêts et d'injecter une nouvelle fois 140 millions de dollars (faisant suite à d'autres interventions qui se sont toutes soldées par des échecs) sont en principe destinés à faire redémarrer l'économie du pays par l'investissement et la consommation. C'est que la stratégie tout azimut du "Nouvel Ordre Mondial" que l'Amérique a vendu à tous les pays occidentaux coûte extrêmement cher. L'intervention en Irak, le maintien des troupes en Afghanistan, l'ouverture de nouvelles bases militaires dans l'ancien bloc de l'Est, l'entretien des agences de renseignements (CIA, NSA, OTAN, etc.), la recherche dans des armements de plus en plus sophistiqués, l'entretien de gouvernements croupions dans toutes les régions du monde coûtent très cher. Trop cher pour la seule Amérique. Il faut donc que les pays qui sont directement dans sa sphère d'influence puissent aider financièrement leur leader. C'est une des raisons pour laquelle la BCE refuse obstinément de baisser ses taux d'intérêts et d'envisager la dévaluation d'un euro qui vaut actuellement près d'une fois et demi la valeur du dollar.
Cette politique est à terme désastreuse pour le monde et pour la France. Ce sont les classe sociales les plus déshéritées et les pays en voie de développement qui en subiront les conséquences. Mais, pour l'oligarchie au pouvoir et nos businessman, ce n'est pas bien grave... un zeste de communautarisme, un peu de religion et beaucoup de télépoubelle et "ça marche..." comme le titrait "Le Parisien" au lendemain de l'interdiction de fumer dans les lieux publics... Jusqu'à quand ?"

Pascal  Boularand

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Publié dans Coup de gueule

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