La gauche doit être bien à gauche pour espérer battre la droite !

Publié le par Jacques Jakubowicz

Voici le commentaire déposé sur le blog de Gilbert Roger après son article "Marie George tu te trompes d'adversaire"

Cher Gilbert, il est de notre devoir, pour la réussite de la gauche, d’interpeller La candidate du PS quand elle prend des chemins qui nous semblent dévier dans le mur !  
 

Récemment sur Canal Plus, Ségolène Royal a réitéré cette proposition : dès le mois de juin, si elle est élue, elle mettrait en place un contrat de travail en direction des jeunes non qualifiés, à l’intention des entreprises artisanales et commerçantes n’excédant pas dix salariés. L’État prendrait en charge « la totalité des salaires et des charges » pendant un an. Au risque de prendre de front l’idée selon laquelle il revient à la gauche, même dans sa version modérée, de responsabiliser les entreprises, Ségolène Royal les autorise à se décharger du paiement du salaire. C’est une première ! Qui doit faire sérieusement grincer des dents dans ton propre camp. 

« Alléger le coût du travail ». Depuis plus de vingt ans, toutes les politiques de l’emploi ont été guidées par cette logique. D’abord, les contrats atypiques (TUC, CES, emplois-jeunes, CIVIS), précaires, souvent réservés aux jeunes, fortement aidés par l’État. Ensuite les exonérations de cotisations de Sécurité sociale pour les entreprises, jusqu’aux salaires correspondants à 1,6 fois le SMIC, véritables incitations fiscales à embaucher en deçà de ce niveau. Résultat, la France reste un pays au fort taux de chômage, la précarité s’est installée dans le paysage au point de représenter sept embauches sur dix et les bas salaires se sont multipliés. Avec 16,8 % de salariés smicards, la France a battu en 2005 un record absolu. Les syndicats réclament en vain que soit officiellement expertisé le résultat de ces politiques. 

Loin d’y contribuer, Ségolène Royal en rajoute. Tellement, que la droite se plaint d’être plagiée. François Bayrou s’amuse à répéter que cette proposition est « celle que j’ai défendue à la tribune de l’Assemblée nationale au moment du CPE ». Ségolène Royal se défend en justifiant une mesure « donnant donnant » pour les employeurs. Ainsi, explique-t-elle, les entreprises bénéficiant d’un emploi « première chance » s’engageraient en retour à embaucher ensuite ces jeunes « sur un contrat stable et durable », mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, « s’ils donnent satisfaction ». Et si non ? Alors, « il faut leur donner une formation complémentaire ». Autrement dit, après avoir dénoncé la période d’essai de deux ans incluse dans le « contrat nouvelles embauches », lui aussi pour les petites entreprises, Ségolène Royal prône la période d’essai d’un an. Les employeurs garderaient l’entière liberté de ne pas embaucher. Qu’on se rassure, chaque entreprise « n’aura droit qu’à un seul emploi ». 

Quand à la rémunération, elle serait prise en charge par « l’intermédiaire des régions ». Selon Jean-Louis Bianco, son directeur de campagne, la somme, estimée à 1 milliard d’euros, serait « entièrement financée grâce aux redéploiements des aides aux entreprises ». La candidate veut mettre fin aux « gaspillages » qui drainent des deniers publics vers « des entreprises qui n’en n’ont pas besoin ». Reste que la prise en charge totale du salaire représente pour les régions des sommes considérables. Encore que le « contrat première chance » promet de nombreux rabais. Les proches de Ségolène Royal avouent déjà qu’il ne s’agirait pas obligatoirement de contrats à plein temps. Ils ne s’engagent pas sur une rémunération au SMIC, mais sur un salaire lié à « la situation personnelle ». Les heures de formation pourraient être décomptées.  

Des contrats d’un an, pas forcément pérennes, pas forcément à plein-temps et pas forcément payés au SMIC, n’y a-t-il pas de quoi se demander où se niche la nouveauté à gauche !

 

 

 

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Publié dans Coup de gueule

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